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Manufacture de porcelaine de Nyon

Vase ornemental couvert avec amours en biscuit, orné d’un trophée de chasse et d’un trophée d’amour; vers 1792.
Ancienne collection Salmanowitz; acquisition 2008.
Vase ornemental couvert avec amours en biscuit, orné d’un trophée de chasse et d’un trophée d’amour; vers 1792. Ancienne collection Salmanowitz; acquisition 2008.
© A. Moccia, Musées de Nyon

La première manufacture de porcelaine en Europe fut celle de Meissen, fondée en 1710.

La dernière qui fut fondée en Europe au XVIIIe siècle, fut celle de Nyon en 1781. Avec celle de Zurich (1763-1790), elle était à l’époque la seule sur le territoire qui composait alors la Suisse des Treize cantons.

Sa fondation tardive eut un net avantage: la production était tout à fait à la page, dans le goût néo-classique d’alors. S’inspirant principalement des modèles créés à Paris dans les manufactures protégées par la Reine ou par le comte d’Artois, elle sut, sous l’influence certaine de son directeur, Jacques Dortu, adapter les formes et les motifs à la clientèle qu’elle avait, composée avant tout de notables et de patriciens locaux, tant bernois et vaudois que genevois, les livres de comptes qui ont subsisté en témoignent.

De plus, la porcelaine était réalisée avec du kaolin livré depuis Saint-Yrieix, près de Limoges, et le tesson avait une transparence et une blancheur tout-à-fait comparable aux productions françaises de haut niveau.

Par contre, contrairement à d’autres manufactures, notamment françaises ou allemandes, la manufacture de Nyon n’avait pas quelque souverain puissant qui la soutint, mais une association de bourgeois aisés, tout comme c’était le cas à Zurich. Ainsi, et c’est là le désavantage, les tourmentes révolutionnaires puis les guerres napoléoniennes eurent-elles raison de cette industrie coûteuse aux rendements aléatoires. Dès 1805, la production de la manufacture baissa et en 1813 la production cessa totalement.

Le bâtiment du XVIIIe siècle qui abritait la porcelaine (et qui existe toujours, transformé en appartement et bureaux) servit néanmoins encore de manufacture jusqu’en 1979. En effet, à la production de porcelaine succéda celle de faïence fine qui, sous diverses appellations, perdura pendant encore plus de cent cinquante ans. Le passé céramique de Nyon n’est donc pas très ancien et se continue encore, d’une certaine manière, dans les divers ateliers de peintres sur porcelaine qui reprennent à leur compte les motifs dits «Vieux Nyon», perpétuant ainsi à leur façon cette mémoire.

 

Le grand vase de Nyon
Les publications qui traitent de ce grand vase (ou urne couverte) réalisé à Nyon indiquent qu’il fut livré en 1792 à Saint-Pétersbourg, en même temps qu’une «trembleuse» (ou tasse couverte à deux anses) ornée du monogramme de la tsarine Catherine II. De là à imaginer que ce vase lui était destiné, le pas fut vite fait, bien qu’aucun document dans les archives de la manufacture de Nyon ne vienne étayer cette supposition, si ce n’est une mention, en septembre 1793, de «2 Grands vases à amours» livrés pour la somme de 480 livres à MM. Desforge et Repont à Saint-Pétersbourg. On peut cependant bien imaginer que si cette pièce prestigieuse fut effectivement livrée en Russie, elle était destinée à attirer l’attention de quelque grand personnage sur les qualités de la production nyonnaise, ceci dans le but évident de faire connaître la manufacture et d’y susciter des commandes.

Toujours est-il que le plus ancien document assuré à ce jour concernant ce vase date de 1947. Il s’agit d’une photographie de cette pièce pendant l’exposition consacrée à la porcelaine de Nyon, en ces lieux mêmes. Une petite pancarte indique que ce vase est alors la propriété de Monsieur Jacques Salmanowitz (1884-1966), allié à Elisabeth Kahn, un collectionneur d’origine lettone qui était installé en Roumanie avant de s’établir à Genève.

C’est au printemps 2008 qu’une partie de sa collection de porcelaines de Nyon fut mise en vente et que ce vase prestigieux put être acquis grâce à un effort particulier de la Ville de Nyon, revenant après plus de deux siècles à quelques dizaines de mètres du lieu où il fut conçu, après avoir peut-être fait le voyage jusqu’à Saint-Pétersbourg.

Si la photographie de 1947 n’est pas assez nette pour connaître l’état de la pièce à l’époque, il est intéressant de constater qu’en 1974 (si ce n’est avant), l’un des putti sur les côtés a déjà été recollé, mais que la dorure du vase paraît être encore en très bon état : une photographie en couleur publiée à l’époque en témoigne. Un nettoyage intempestif (avec quelque produit corrosif ?) a certainement dû avoir lieu entre la date de la prise de vue et 2008, altérant de manière importante le décor à l’or, ainsi qu’on peut le constater actuellement.

Heureusement, les deux trophées ornant les panses n’ont pas subi pareille abrasion, ce qui eût ruiné le vase. Ainsi, le trophée évoquant la chasse et les colombes figurant un trophée d’amour sont-ils intacts, donnant son titre à cette exposition.

Et toute la finesse des artisans du XVIIIe siècle qui réalisèrent ces peintures peut être découverte grâce à la technologie moderne : les projections d’images numériques, sur lesquelles on peut surfer, permettent de découvrir maint détail que l’oeil nu ne saurait même envisager. - Vincent Lieber